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L’hydrogène, instrument géopolitique, pour l’Europe et pour la France

By Pierre-Etienne Franc, co-fondateur et Directeur général d'Hy24

La COP28 a marqué les esprits par l’atteinte d’un consensus sur « l’appel à transitionner hors des énergies fossiles » qui s'est assorti d'un appel de plus de 30 pays à accélérer le développement de l’hydrogène comme vecteur de distribution des énergies vertes dans le monde. L’hydrogène est ainsi appelé à représenter près de 15% de la demande finale d’énergie dans les prochaines décennies. Quelles conséquences pour la France ? pour l'Europe?

La COP28 a marqué les esprits par l’atteinte d’un consensus sur « l’appel à transitionner hors des énergies fossiles ». Cette conclusion s’est assortie de nombreux autres engagements permettant cette bascule, du triplement de la capacité renouvelable mondiale (suivi par près de 120 pays) à la relance du nucléaire (20 pays), mais aussi sur l’hydrogène, où 30 pays (et l’Union Européenne) appellent à accélérer le développement de l’hydrogène comme vecteur de distribution des énergies vertes dans le monde. L’hydrogène est ainsi appelé à représenter près de 15% de la demande finale d’énergie dans les prochaines décennies.

Quelles conséquences pour la France ? Dans nos territoires, on débat de chaque éolienne, de chaque panneau solaire : les conflits d’usages des sols, la rareté du foncier, préservation du patrimoine et des paysages imposent cela. Le triplement des capacités renouvelables sera très difficile à atteindre dans nos régions dans le temps et les coûts requis. Il s’accélère dans les pays à notre sud, où les capacités de production de renouvelables sont considérables grâce à de vastes zones non habitées riches en ensoleillement et / ou en vent.

L’accélération de l’agenda énergétique présente une opportunité considérable pour ces pays. Elle renforce leur propre développement économique mais potentiellement aussi leur capacité à exporter le surplus d’énergies décarbonées vers les géographies en demande. Le coût de production de ces énergies renouvelables dans les pays les mieux dotés est considérablement plus bas que les mêmes énergies produites en Europe, hormis sur ses pourtours nordiques (hydroélectricité et vent) et hispaniques (solaire et vent). On parle d’écarts de coût de plus de 50%, de tailles de projets d’un facteur 5 à 10 et de temps de déploiement possiblement divisés par trois !

L’opportunité de transporter des masses d’énergies renouvelables bon marché vers l’Europe

Le déploiement massif de ces énergies renouvelables ne sera possible que si les vecteurs énergétiques pour les transporter – comme l’hydrogène ou l’ammoniac vert ou autre produits dérivés intensifs en énergie verte — suivent la même dynamique de développement. Il est essentiel pour la transition énergétique de nos industries intensives européenne de s’emparer de cette opportunité. Les choix stratégiques sur l’évolution de nos mix énergétiques, notamment dans leur composante hydrogène, deviennent des leviers géopolitiques critiques, clairement identifiés comme tels par la plupart des pays.

L’Allemagne, qui a renoncé au nucléaire, accélère fortement son plan hydrogène, par impératif stratégique, avec le concours des pays du nord de l’Europe. En témoignent les annonces d’une autoroute de l’hydrogène avec un soutien de 20 milliards d’euros pour le développement de plus de 9000km de pipelines hydrogène depuis Rotterdam et la Scandinavie vers le cœur industriel allemand. Parallèlement l’Allemagne prépare sa transition en scellant des coopérations avec toutes les géographies compétitives en énergies renouvelables, de l’Afrique du Nord au Moyen Orient, du Chili au Canada, et même de l’Australie. Avec elle, c’est le cœur de l’Europe qui structure sa place dans le futur paysage énergétique.

Le potentiel considérable de la France

En France, la question de l’importation de l’hydrogène ou de produits dérivés doit être regardée à l’aune de nos usages industriels existants et comme un outil de politique énergétique offensive permettant au pays de peser positivement dans le jeu européen. La question des importations est d’autant plus cruciale que nos besoins électriques sont déjà conséquents et pèsent sur un parc nucléaire en très forte tension de renouvellement. Il faut également prendre en compte le fait que nos besoins en hydrogène vont croître pour décarboner des industries gourmandes en énergies fossiles (acier, raffinage, engrais), ou encore pour décarboner les transports intensifs et lourds (il n’y aura pas de solutions purement électriques pour nos transports, de la route à l’avion en passant par le maritime, les deux vecteurs, l’électrique et l ‘hydrogène, vont s’hybrider). La seule mise en route des 10 GW de capacité d’électrolyse annoncés par le gouvernement pour décarboner l’hydrogène de nos process industriels demandera l’énergie de plus de 6 réacteurs nucléaires, accroissant la pression sur nos infrastructures de production et de distribution. Une montée en puissance des solutions importées en complément soulagera en partie cette contrainte et constitue une opportunité majeure pour nos ports et nos réseaux de distribution de gaz.

La France doit renforcer ses liens de coopération avec les grands pays exportateurs d’énergies renouvelables de demain. Il n’y a plus de temps à perdre pour mettre en place les certifications, accélérer les projets engagés d’interconnexion des réseaux européens d’hydrogène et de connexion vers les pays d’exportation du pourtour méditerranéen. L’importance du nucléaire sera d’autant mieux valorisée que nous saurons aussi profiter de notre position essentielle sur le continent européen, au carrefour des pays producteurs d’énergies renouvelables compétitifs et des lieux de grande demande. La dynamique de l’hydrogène en cours à l’échelle mondiale est sur le point de redistribuer les cartes des échanges énergétiques des prochaines décennies, il est urgent de s’en saisir.

Pour aller plus loin : “L’hydrogène devient un enjeu géopolitique pour la France” – le Grand Continent, 20 juillet 2023

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